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T'as pas mieux à faire qu'un jeu de piste Transmédia ? Retour d'expérience

« Transmé... quoi ? C’est quoi ça ? Je ne comprends pas... T’as pas plus simple ? Tu te prends pour une grande chaîne télé ? Redescend ! »

Et oui, quand on parle de mettre en place un jeu transmédia, ça laisse perplexe pas mal de gens.

Par transmédia, j’entends une fiction développée sur différents supports qui se complètent. L’exemple le plus parlant est celui de l’histoire de Blanche-neige version transmédia : un film raconterait le célèbre conte, la méchante reine aurait son profil facebook où elle parlerait de sa vie, les nains auraient leur BD où l’on en apprendrait plus sur leur quotidien, etc. L’univers narratif est un mur où chaque brique est un média différent.

Certains vont encore plus loin, en développant des jeux transmédia « en réalité alternée » : des jeux multimédia interactifs et immersifs qui entretiennent le flou entre le monde réel et l’imaginaire.

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Il s’agissait donc pour nous de tenter l’expérience en imaginant un jeu scénarisé et immersif, développé en ligne et hors ligne, et où les frontières entre fiction et réel sont brouillées.

Mais pour quoi faire ?!

Tester évidemment ! Voir et évaluer si ce type d’opération constitue une approche pertinente pour les 15-25 ans. On a justement une exposition sur les plantes et la biodiversité présentée au Bazacle, un sujet qui n’emballe pas forcément la plupart des jeunes. Est-ce que proposer un jeu de piste fonctionne auprès de ce public ? Peut-on les conduire à une exposition à partir d’un scénario cohérent ? Peut-on y distiller de l’information scientifique sans lasser ?... L’occasion d’expérimenter à petite échelle, évaluer et capitaliser sur la méthodologie, ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Nous sommes donc partis avec plusieurs objectifs :

Go !

Et donc, il se passe quoi dans ton jeu « transmédia » ?

L’histoire ? Celle de Margaux, une étudiante de l’Université Paul Sabatier (UPS) qui découvre le projet d’un botaniste amateur complètement fou : créer une plante hybride qui serait - selon lui -  supérieure à toutes les autres. Celle-ci menaçant la biodiversité, Margaux n’a pas d’autre choix que de l’arrêter. Elle sollicite alors ses camarades et les invite à une course poursuite dans Toulouse le 6 avril. Celle-ci menant bien évidemment à l’exposition. ;-)

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Le 6 avril, nous étions donc tous sur le pont, chacun dans son rôle, pour accueillir les étudiants. Et nous avions de quoi les motiver : un ipad mini et de cartes cadeaux étaient à gagner.
En fin de parcours, un questionnaire d’évaluation leur a été remis afin de mesurer les points faibles et les points forts de notre jeu transmédia, du scénario au jeu de piste.

Hummm... et est-ce que t’as testé ton scénario au moins, avant de le lancer ?

Mieux que ça : on l’a co-construit avec des étudiants ! Ils sont tout de même les mieux placés pour savoir ce qu’ils aiment ou non.

Tout à commencé dans le module de formation de médiation scientifique dispensé à la licence 3 d’Information-communication de l’UPS. Pendant plusieurs séances, nous les avons initiés au transmédia et encadrés pour imaginer des scénarios autour de l’exposition, avec pour seul mot d’ordre « pas de chercheur fou, s’il vous plait ! ». Résultat : un scientifique aventurier, une chercheuse mise en quarantaine, un couple de jardiniers... des scénarios drôles et créatifs, parfois compliqués à mettre en œuvre, mais vraiment intéressants.

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Module de formation transmédia from Association Science Animation

Deux étudiantes, Laura Chuidini et Maeva Voltz, ont ensuite postulé pour un stage chez nous afin de rendre tout cela concret. A partir de là, je vous passe le flot de compliments que je pourrais faire sur ce super duo avec qui nous avons construit l’histoire et imaginé le jeu de piste.

Et les chercheurs dans tout ça ?

Mixer science et fiction, c’est toujours compliqué... Mais nous avons fait relire le scénario et les différents contenus à plusieurs chercheurs. Un œil expert et du recul sont essentiels.

Mais le mieux aurait été de constituer dès le début un groupe de travail composé dans l’idéal (selon moi) de deux chercheurs, deux étudiants, un médiateur, un chargé de communication, un pro des jeux de piste et un expert en scénario transmédia.

Et puis, comme notre cible était constituée d’étudiants de l’UPS, il ne fallait pas oublier de mettre l’établissement dans la boucle. Un dossier a donc été présenté au service communication qui nous a donné son aval. On a même eu le droit à une autorisation signée de Monsieur Monthubert, le président de l’université !

Et tu penses vraiment qu’ils ont cru à toute cette histoire ?

Moi-même je n’avais aucune certitude. Tout ce que je savais, c’est qu’il fallait vraiment donner vie à ces différents personnages, leur donner une voix, un visage. Au total, sept « médias » ont été mis en place :

Les blogs de François Muret, le botaniste amateur fou et de Margaux. Le premier constituait une sorte de carnet de bord basé sur du véritable contenu scientifique. Sur le second, Margaux y partageait ses découvertes et passions. C’est sur ce média que l’appel à participations a été lancé. Ce qui est bien pratique pour rendre le tout réaliste, c’est que les posts peuvent être antidatés. Tant qu’à faire, autant faire croire qu’ils bloguent depuis des années ;-)

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Les vidéos de François Muret : elles permettaient de lui donner un visage et de toucher le public plus intéressé par ce type de média.

Les comptes facebook et twitter de Margaux à travers lesquels elle sollicitait les étudiants. Si pour être plus réaliste, un profil facebook constitue un bon choix, cela reste risqué : il peut être supprimé par facebook qui repère parfois les faux profils et constitue un média trop engageant pour les participants qui doivent accepter en ami une inconnue et lui donner accès à ses données personnelles. 
A savoir, il est possible d’antidater des publications sur Facebook, et rendre ainsi un compte plus réaliste. Mais cette manipulation est vite repérée par Facebook...

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Un happening sur le campus lors duquel Margaux (jouée par ma collègue Léa) interpelait les étudiants et leur distribuait des tracts. « Vous n’avez pas vu passer un gars avec des cheveux longs ? Il vient de commettre un vol dans mon labo. Je n’ai pas réussi à la rattraper ». Croyez-le ou non, tous y ont cru ! Leurs visages interloqués finissaient par se dérider en lisant le tract qu’elle leur remettait : « Jeu transmédia organisé ». C’était vraiment drôle à voir !

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Et certains bénévoles de l’association nous ont même demandé qui était cette Margaux qu’ils n’avaient jamais eu l’occasion de rencontrer ! :-)

Ok. Mais est-ce que jouer autant la carte du réalisme vaut le coup ?

Je dirai : oui et non. Il ne faut pas le cacher, c’est drôle à voir et à faire. Et le jour J, lors du jeu de piste, les étudiants étaient totalement dans l’histoire. Pas de « je suis là pour le jeu de piste ». Tous étaient là pour trouver François Muret.  

Cependant, il ne faut pas se voiler la face, c’est avant tout parce que c’est un « jeu transmédia » que les participants se déplacent. Il faut donc trouver le juste équilibre entre la communication de « l’expérience à vivre » et la communication du personnage. A l’exemple des grands spécialistes du transmédia, il aurait fallu lancer un teasing sur l’opération environ trois semaines avant : « J-30 avant le lancement d’un jeu transmédia inédit à Toulouse... ». La communication de notre jeu s’est plutôt appuyée sur la temporalité du scénario qui était, je pense, un peu trop tardive.

Donc, le plus compliqué, c’est d’imaginer l’histoire. Après, tout roule. 

Disons le clairement : imaginer un univers narratif, lui donner vie, construire un jeu de piste associé, préparer la soirée qui clôt le jeu, et mettre en œuvre une bonne stratégie de communication, et bien, ce n’est pas simple ! Faut sortir la mindmap géante, le retroplanning qui n’en finit pas et le lot de post-it !

Créer le contenu des blogs, rencontrer les commerçants qui accueilleront le jeu de piste, ne pas oublier la sécurité, déposer le règlement du jeu concours auprès d’un huissier, préparer le tournage des vidéos, imaginer toutes les épreuves et énigmes du jeu de piste (texte invisible, casse-tête, messages codés...) ... On ne s’ennuie pas !

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Il est par ailleurs assez difficile de gérer le tout, tout en animant les comptes sur les réseaux sociaux. Le mieux est d’avoir une personne dédiée à cela.

Mais un jeu de piste, au moins d’avril, ce n’est pas un peu nul comme idée ?

Disons que ça fait 6 mois que les Toulousains me répètent « Non mais là, c’est un temps exceptionnel. D’habitude, il fait beau ». Je commence à en douter... ;-P

Pas de chance, pluie et froid étaient au rendez-vous le samedi 6 avril. Seule la moitié des inscrits ont participés. Mais plus tard, nous tombions dans la période d’examen des étudiants. La période septembre-octobre aurait peut-être été plus  propice. Mais l'expo, parce que je vous rappelle que le but était quand même de faire venir les jeunes dans l'expo, et bien elle, elle n'aurait plus été là...

Je m’interroge aussi sur la temporalité : le jeu de piste doit-il se dérouler sur une seule demi-journée ou s’étaler sur plusieurs jours, en laissant la possibilité à chacun d’y participer quand il veut ? A réfléchir...

Certains ont dû se démotiver en route ?

C’était le risque. Il fallait donc donner envie d’aller voir plus loin tout le long du parcours. Etonner et amuser. Au programme donc : des énigmes corsées en lien avec le scénario, une visite du fablab Artilect (tant qu’à faire), des rencontres avec des personnages étranges (joués par l’équipe), de la dégustation de macarons aux insectes, du speed searching (speed dating avec des chercheurs, très efficace comme concept !), des retournements de situations...

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Résultat : de tous les jeunes qui ont démarré le jeu, aucun n'a abandonné. Certains se sont perdus,  sont revenus en arrière, mais ils se sont tous accroché malgré la pluie et les trajets à pieds dans le froid !

Les retours des participants ont été vraiment positifs sur l’organisation générale, le jeu de piste, la soirée et le scénario*. Point à retravailler néanmoins : la participation d’équipe. Quels lots proposer pour des participants ayant joué ensemble ?

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Ça vous a couté cher tout ça ?

Mon défi, c’était de dépenser le moins possible et d’exploiter au mieux nos ressources internes. Car addition s’allonge vite entre le dépôt du jeu concours, les lots, le matériel, les vidéos, etc. Nous sommes évidemment loin des budgets des grosses productions qui intègrent application mobile ou webdocumentaire. Pourquoi pas pour la prochaine fois... Il est beaucoup plus simple d’envisager des opérations de plus grande envergure maintenant que nous avons capitalisé sur cette première expérience.

Donc, finalement, ça valait le coup ?

Plus que ça !!! :-) Cette expérience nous a permis de pointer les éléments stratégiques et pouvoir constituer une trame de travail pour d’autres opérations.

D’ailleurs, j’ai déjà quelques idées... à suivre ;-)

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Audrey Bardon / Chargée de missions innovation & communautés

* Quelques résultats du questionnaire :

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