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Atelier FabLab et stop-motion : genèse d’un format d’animation

Quand le Propulseur se transforme en studio

Fraichement arrivé à Science Animation pour une mission d'animation du Propulseur en service civique, Lucas nous partage son expérience dans la conception d'un atelier mêlant FabLab et stop-motion.

C’est jusqu’au domaine d'Ariane à Mondonville que le Propulseur - notre camion qui amène la culture de l’innovation au bas de votre porte - est allé trouver refuge pour 5 jours. À chaque arrêt, un projet. Pour cette fois-ci, la thématique “art, science et fablab” est au programme.

Par chance, nous disposons d’un temps d’animation étalé sur plusieurs jours en compagnie d’un même groupe restreint : 7 séances de 2 heures environ avec 15 jeunes de 11 à 14 ans. Si l’on ajoute à cela le fait que nous intervenons en colonie de vacances, donc loin de la pression et du rythme scolaire, alors les conditions pour mener à bien notre projet sont idéales.

Mais de quel projet parlons-nous exactement ? Comment mêler art, sciences et fablab, rendre cela passionnant et réussir à impliquer les jeunes  au maximum dans les activités proposées ? C’est Sarah Debaud, chargée de projets médiation et innovation citoyenne, mais aussi animatrice sur le Propulseur, qui a désigné la voie à suivre : réaliser un film en stop-motion. Le côté artistique vient du processus complet de la réalisation d’un film. Les enfants devront faire appel à leur créativité pour imaginer un scénario, construire des décors, proposer une mise en scène et ajouter des bruitages. Pour ce qui est de la technologie, le Propulseur n’est pas en reste puisqu’il fait office de véritable mini fablab ambulant. Ainsi, la fabrication des décors et des objets peut profiter de l’appui de machines comme l’imprimante 3D ou encore la découpe laser qui viennent amener un peu de technique au milieu de la création artistique.
 

Préparation de l’animation « stop-motion »

Une fois cet axe défini, il nous faut plancher sur la préparation de notre animation en amont : recherche documentaire sur le stop-motion, sur les activités de médiation déjà réalisées, concertation et réunion avec nos équipes ayant déjà animé ce type d’activité… Beaucoup d’informations à organiser !

Dans un premier temps, il est primordial de s’assurer que nous possédons un moyen de tourner et de monter le film que les jeunes vont réaliser. Après quelques essais, les tablettes nous ont semblé être la meilleure option : application simple, gratuite et instinctive (“animation en volume” sur l’Apple store). J’en profite pour réaliser moi même quelques vidéos en peu de temps et tout fonctionne, tout est simple, les idées de mise en scène se bousculent déjà ! Par chance nous disposons de deux pieds pour tablettes, les experts en stop-motion sont intransigeants à ce niveau : la caméra ne doit surtout pas bouger pendant la prise d’images. Le fait de pouvoir régler manuellement les paramètres de la caméra est un autre point important qui ressort durant nos recherches. L’application le permet, donc pas de problème à ce niveau-là.


 

Notre attention s’est ensuite orientée vers la création d’un personnage, qui se trouve être une tâche bien plus difficile. Les imprimantes 3D permettent la fabrication de nombreux objets, les figurines articulées en font partie. Malheureusement, elles sont gourmandes en temps d’impression et manquent parfois de solidité ou de stabilité. Mais si le personnage principal est amené à être endommagé pendant le tournage, il faut pouvoir le remplacer ou le réparer rapidement. Nous avons donc finalement opté pour la classique figurine en fil de fer qu’il est possible d’habiller en pâte à modeler, et donc adaptable à tout type de scénario.

Un autre moyen à considérer pour donner de l’allure à un film et souligner sa valeur artistique réside dans la confection des décors. Heureusement pour nous, la découpe laser et l’imprimante 3D sont de puissantes alliées. Des pans de bois gravés à la découpe laser font office d’arrière-plan, le papier canson coloré peut être façonné précisément en silhouette d’immeuble, de forêt et bien d’autres paysages. Pour tous les petits objets de décoration et les meubles, c’est à l’imprimante 3D de jouer, et plusieurs filaments peuvent être utilisés suivant les effets voulus : transparence, imitation bois, couleurs criardes… En plus de tout ça, il ne faut pas oublier que le DIY est une valeur phare de nos interventions. Nous pensons donc à laisser une place importante au bricolage et nous faisons confiance à l’ingéniosité de nos futurs cinéastes pour réaliser des effets spéciaux et créations à base de coton, colle, pâte à modeler, fils de nylon ou de fer, cure-dents, peinture et tout ce qui pourrait nous être utile d’une façon ou d’une autre.


 

L’activité se précise. Le matériel est prêt. Il convient maintenant de définir le découpage des journées pour arriver à finaliser le court métrage dans les temps. Nous découpons l’atelier en quatre moments phares : la création du scénario pendant la journée de créativité, la découverte des imprimantes 3D, la découverte de la découpe laser, et enfin le tournage.


 

Premier jour : de la créativité pour imaginer le storyboard

Dès le premier jour, nous prévoyions d’accueillir le groupe au complet pour un atelier de créativité conduit par Sarah. L’idée est d’instaurer une atmosphère conviviale et détendue entre tous ; il ne faut pas oublier que les jeunes sont en vacances. Nous proposons donc des jeux de créativité autour de l’invention d’histoires.

Suite à cela, les enfants peuvent commencer à saisir le concept de stop-motion en manipulant directement les tablettes. Et ça marche bien ! En quelques minutes, deux petites vidéos sont réalisées et les idées fusent. Après leurs tests, nous montrons aux enfants plusieurs exemples de stop-motion dans le but de leur faire comprendre certaines notions de base, mais aussi de leur dévoiler toutes les possibilités qu’offre cette technique.

Il est maintenant temps de passer à la confection du storyboard sur lequel le film s’appuiera. Un brainstorming permet de faire émerger des idées autour du thème imposé de “l’invention”. Chaque enfant vient déposer des post-its dans une des cases dessinées au tableau : personnage, lieu, action et objet. Un vote est organisé pour sélectionner ce qui les intéresse le plus. Le verdict est le suivant : Dr. Fantastic, un savant fou qui sera notre personnage principal, des escargots mutants porteurs d’un virus qui transforment les gens en zombies, et pour finir un laboratoire et Mondonville en guise de cadre. Avec ces éléments, les enfants divisés en deux groupes ont pour mission de confectionner un story-board, avant de les mettre en commun et de sélectionner le meilleur. Tout le monde joue le jeu et à la fin de la journée une histoire commence à émerger. Comme la nuit porte conseil, nous leur demandons d’y réfléchir, voire même d’en rêver pour être prêt le lendemain.


 

Deuxième jour : initiation à la fabrication numérique et confection des décors

Le second jour est placé sous le signe de la découverte de l’univers des fablabs et des imprimantes 3D. Mais nous faisons face à une première surprise : il était prévu d’accueillir les enfants en demi-groupe, mais emballés par le projet, ils préfèrent participer tous ensemble aux deux séances ! Il nous faut donc adapter le format, mais cela fait partie des aléas du métier et l’engouement des jeunes est gratifiant.

Durant la matinée, une présentation du concept de fablab est prévue. Des mots clés tels que “do it yourself”, “open source” et “partage de connaissance” nous aident à exposer les enjeux de ces lieux de fabrication. Nous les formons aussi à l’utilisation des imprimantes 3D pour les rendre autonomes. Les jeunes sont accompagnés au cours de quelques exercices de modélisations et de paramétrage d’impressions. Les premiers éléments de mobilier utilisés dans le décor commencent à s’élever sur les plateaux des imprimantes 3D.  


 

Pour ce qui est de l’après-midi, nos futurs cinéastes partent à la recherche de nouvelles pièces de décors pour les scènes à tourner. Ils exploitent donc les banques de données en ligne. Évidemment, des recherches personnelles pour imprimer de petits objets qu’ils ramèneront chez eux sont aussi encouragées. Au fil de la journée, le scénario se précise lui aussi et des détails sont ajoutés à l’histoire, ou bien retirés selon les contraintes techniques (les impressions 3D peuvent être très longues…). En fin de journée, un petit point est nécessaire pour fixer les objectifs des séances à venir et lister les éléments manquants. Il ne faut pas oublier le but de notre venue et les journées passent vite.
 

Troisième jour : après l’imprimante 3D, la découpe laser !

Nous commençons le troisième jour avec pour ambition de finir les décors. Les enfants vont donc devoir apprendre à se servir de la découpe laser. Nous leur expliquons comment cela fonctionne, et une démonstration vaut mieux que mille discours. Dès le démarrage du laser les yeux s’illuminent et les jeunes se pressent autour de la machine. L’effet est toujours le même et l’activation de la découpe laisse rarement indifférent.

La maîtrise du logiciel de dessin qui permet de créer les plans de découpe ne partage pas forcément cet engouement, mais c’est une étape nécessaire pour qui veut obtenir ce qu’il souhaite de la machine. Nous passons en revue les fonctionnalités principales et les enfants peuvent créer, personnaliser ou réutiliser des silhouettes de décor que nous avions sélectionnées en avance.


 

Les tâches se partagent suivant les préférences, certains se spécialisent dans l’impression 3D tandis que d’autres préfèrent la découpe laser. Les lieux de tournage eux aussi commencent à prendre forme et deux mini studios sont montés en fonction des scènes qui y seront jouées : un pour la ville et un pour le laboratoire du Dr. Fantastic.

Pendant que certains s’occupent de disposer toutes les constructions et d’organiser l’ordre dans lequel tout doit être tourné, d’autres préfèrent se détendre et s’amuser. Un casque de réalité virtuelle est mis à disposition dans le Propulseur pour une immersion totale dans un autre monde. Le jeu proposé permet de dessiner en trois dimensions, et de se déplacer autour de sa création. La réalisation d’une maison en pain d’épices par un enfant surprend et provoque l’admiration de certains ! Mais, déjà, la fin de journée approche. Une fois de plus, nous faisons un bilan de l’avancement du projet. Il faudra être efficace pour la séance du lendemain qui marque aussi le dernier jour.

Quatrième et dernier jour : tournage et bruitage

Dès le départ de la séance, on organise les activités. Les stands de tournage ne pouvant pas accueillir tout le groupe, le partage des activités se fait naturellement suivant l’investissement personnel dans le projet. Pour les plus motivés, les scènes s’enchaînent et ils redoublent de créativité pour proposer effets spéciaux, éclairages et décors de qualité. Le film prend forme, une timeline est dessinée à la craie au tableau et les deux tablettes tournent à plein régime.

Il manque cela dit une pièce du puzzle : personne n’a imaginé comment tourner le dénouement de l’histoire ! Une cellule de crise est composée, les idées bouillonnent pour aboutir au grand final. Le deus ex machina est posé : une météorite géante va sauver le monde au lieu de le détruire. On brise les codes.


 

Pour les autres, de petits objets personnels sont imprimés ou découpés au laser tandis que la réalité virtuelle continue de faire opérer son charme en amenant les joueurs toujours plus loin dans leur immersion.

Finalement, on donne le clap de fin sur le lieu du tournage. Il ne reste plus qu’à enregistrer les bruitages, et un ingénieur-son armé de beaucoup de motivation est désigné. Il recrute des doubleurs, pioche des bruits et ambiances dans les banques de données, enregistre puis cale images et sons parfaitement. Le défi est réussi : notre groupe a mené à bien le projet et le stop-motion est prêt à être monté ! Le timing est serré, à peine le film terminé il est déjà l’heure de partir. Tous semblent heureux de la semaine passée en notre compagnie. Mission accomplie pour le Propulseur.
 

Le bilan : du matériel à optimiser

Après cette semaine de création intensive, il est nécessaire d’établir un bilan.

Commençons par le positif. Concrètement le film a été réalisé dans les temps. Obtenir un rendu final que l’on peut partager autour de soi, à ses amis et à sa famille, est un atout de poids pour ce type d’animation. Si l’on ajoute à cela les nombreuses découvertes, la bonne ambiance et les petits objets produits sur l’imprimante 3D et la découpe laser, alors on peut être certains que ces quelques jours laisseront une trace dans la mémoire des jeunes que l’on a accompagnés.

Nos conditions d’interventions étaient elles aussi idéales. Suivre le même groupe sur plusieurs séances permet de construire un projet plus ample que sur une seule séance ou une seule journée comme le Propulseur en a l’habitude. Et surtout, nous étions en période de vacances ! Donc pas de stress, la détente et l’amusement étaient nos mots d’ordre. Sans la présence d’un professeur ou d’une figure d’autorité plus ferme, les jeunes peuvent plus facilement se laisser aller et sont plus libres d’imaginer et de créer selon leurs envies.


 

Il y a toutefois des améliorations que nous pourrions apporter à cet atelier. Pour la qualité du tournage, les Ipad ne proposent pas un rendu optimal. Leur utilisation est certes simple, mais pour les déclencher, il faut les toucher (ce qui fait bouger la prise de vue). Et les pieds que nous avions à disposition n’étaient pas faits pour ce type de tournage. On pourrait imaginer un appareil photo ou une GOPro directement connecté à un ordinateur sur un logiciel de stop-motion permettant de déclencher la prise d’images à distance. Ce dispositif assurerait forcément une meilleure qualité d’image.


 

La confection du personnage principal nous a aussi posé problème. Les imprimantes 3D permettent de faire des objets articulés, mais le temps d’impression est bien trop long. Peut-être faudrait-il prévoir à l’avance une dizaine de personnages identiques ? Mais alors, comment les adapter au scénario proposé durant l’atelier ? Le personnage en fil de fer est un bon compromis, mais le revêtement en pâte à modeler est friable. On peut se demander s’il ne vaudrait pas mieux se contenter de legos ou de playmobils, personnalisables par la suite.

Finalement, malgré le fait que les conditions d’animation aient été optimales, l’effectif était un peu trop important. Le travail en demi-groupe (7 et 8 au lieu de 15) aurait permis un investissement plus important des jeunes et surtout aurait  laissé une place à chacun dans la confection du film. Le partage des tâches correspond bien à des groupes de 7 ou 8, ce qui évite que quelqu’un se retrouve “sans rien à faire” et se désintéresse naturellement du projet.


 

Ces quelques jours d’intervention nous ont permis de tester un tout nouveau format d’animation mêlant stop-motion et machines à commande numérique. Le bilan est positif et cette expérience aura été formatrice sur de nombreux points. Maintenant, nous n’avons plus qu’à répéter l’opération et nous améliorer à chaque occasion.

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