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Dessiner les sciences

Retour d'expérience d'une illustratrice scientifique en herbe

Camille a rejoint l'équipe de Science Animation en tant que Service Civique avec une idée en tête : s'essayer à l'illustration scientifique. Elle nous raconte comment, au fil de ses études scientifiques et de ses années de pratique artistique, elle a découvert ce métier qu'elle ambitionne d'exercer. Ainsi que son projet en cours : réaliser des dessins pour illustrer une publication scientifique d'un laboratoire.

À Science Animation, j’ai passé plusieurs journées au LAAS-CNRS de Toulouse (Laboratoire d'Analyse et d'Architecture des Systèmes) sous une casquette un peu particulière : celle d’illustratrice en herbe ! Kézako, de l’art en laboratoire ? Pour comprendre d’où est sorti ce projet, je vais commencer par vous faire une courte rétrospective de mon parcours. Allez, on s’accroche !
 

De la curiosité, de la transdisciplinarité et un brin d’audace

J’ai commencé par étudier à l’INSA (Institut National des Sciences appliquées) de Toulouse. Tout en gardant une pratique plastique libre en parallèle : dessin, peinture, sculpture, photographie, danse(s), en expérimentant diverses approches. Je me suis ensuite spécialisée dans le Génie Physique. Les atomes, les électrons, les photons ; tous ces petits trucs qui font partie du monde nanométrique ! J’en ai résolu des équations, mais la plus compliquée restait la personnelle : comment puis-je allier les arts et les sciences ? Après beaucoup de recherches et de rencontres avec des profils atypiques du domaine arts/sciences, j’ai découvert l’existence d’un métier : celui d’illustrateur-trice scientifique !

Après l’obtention de mon diplôme d’Ingénieure, j’ai décidé de me consacrer durant plusieurs mois pour une mise à niveau artistique par mes propres moyens afin de candidater au DSAA (Diplôme supérieur d’Arts Appliqués) mention Design d’Illustration Scientifique à l’École parisienne Estienne. C'est un sacré challenge. Peu de places sont proposées et le niveau de dessin technique pour intégrer cette formation est assez élevé.

Pas le choix donc, je cherche donc à progresser en dessin technique pour proposer un dossier à la hauteur. Au programme : croquis d’extérieurs, dessins d’objets, de plantes, de modèles vivants…

En parallèle de ce training personnel, j’ai intégré Science Animation dans le cadre d'un Service Civique pour m'essayer à la médiation scientifique. J’ai aussi parlé de ce projet à mon ancien professeur de physique quantique à l’INSA, Christophe Vieu, qui m’a alors proposé de venir en tant qu'observatrice dans son laboratoire, le LAAS-CNRS. Une opportunité que j'ai saisie sans hésitation pour m’entraîner à illustrer des travaux de recherche et appréhender le rôle de l’illustration dans la recherche scientifique.
 

L’illustration scientifique, c’est quoi ?

Le travail de l’illustrateur-trice scientifique est de créer un support visuel permettant de communiquer un sujet scientifique. Parmi les travaux d’illustration scientifique traditionnels, on peut citer les œuvres anatomiques de Léonard de Vinci qui datent du XVIe siècle. Ces œuvres nous ont permis de comprendre les structures et le fonctionnement du corps humain. Pour l’anecdote, il se livrait lui-même à la dissection de cadavres pour produire ses planches anatomiques.
 


Extrait de planches anatomiques de Léonard de Vinci vers 1510

 

Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a pas que le monde de la médecine qui peut être illustrée. La génétique, l’instrumentation physique, la géologie, l’astrophysique ou encore l’ornithologie sont des domaines scientifiques pouvant faire appel à des illustrations. Le type de support peut lui aussi varier : illustrations pour les livres scolaires, revues scientifiques, vidéos, etc. Le but de l’illustration scientifique est avant tout didactique, mais c'est le choix de composition allié à la pâte artistique qui va permettre de plonger le lecteur dans un imaginaire original. Un point de vue que le scientifique seul n’aurait peut-être pas soupçonné. Si cela vous chante, il est possible de revoir la petite série humoristique de Marion Montaigne (ancienne étudiante de l’école Estienne) sur YouTube qui a été diffusée sur ARTE. 
 

Illustration de Marion Montage extraite de la série « Tu mourras moins bête »
 

Ma toute première illustration collaborative

En arrivant au laboratoire du LAAS-CNRS, j’ai rencontré l’équipe de Christophe Vieu, l'équipe EliA (Engineering in Life Science Applications). Elle étudie et développe des dispositifs à la frontière des nanotechnologies, de la biologie et du médical. À leurs côtés, Élise Rigot, une doctorante qui débute une thèse sur le design au sein des nanotechnologies. C’est ce qui s’appelle une équipe transdisciplinaire !

Il s’avère que l’équipe avait besoin de produire un résumé graphique pour un article de revue scientifique en cours de rédaction. Un article destiné à paraître dans le numéro spécial Biomaterials in neural repair du Brain Research Bulletin. Il porte sur l’ingénierie de tissus neuronaux, c’est-à-dire la construction de biomatériaux propices au développement des neurones. Le but étant de pouvoir régénérer les tissus cérébraux ayant subi des lésions. Comme vous pouvez l’imaginer, le sujet est assez pointu ! Avec Élise, nous avons collaboré pour produire une proposition de résumé graphique. Après avoir eu des discussions avec l’équipe et nous être documentés, nous avons laissé libre court à notre imagination en dessinant tout ce qui nous passait par la tête.

Nous voulions créer un univers dans lequel les neurones essaieraient de s’introduire dans les différents types de biomatériaux développés en laboratoire. « On pourrait même faire grimper nos neurones comme spider man dans des échafaudages et les faires jouer dans un bac de microbilles ! ». C’était les idées farfelues du début. Nous avons donc opté pour un point de vue artistique de contenu,afin de casser avec les codes de représentation habituels. Et voici le résultat final :

Neuroneland

 

Dans l’article revue, l’ensemble des méthodes d’ingénieries existantes est abordé et comparé. Elles peuvent d’ailleurs se diviser sous deux grandes « philosophies » : la méthode dite Top-Down qui consiste à créer un biomatériau par adjonction ou gravure de matière (impression 3D, lithographie optique…) ou la méthode dite Bottom-Up qui résulte plutôt d’un auto-agencement de matériaux organiques (auto-assemblage d’hydrogel, électro filage...).
 

Observer et dessiner en laboratoire

Lors de mes passages au laboratoire, j'ai rencontré différents chercheurs pendant leurs manipulations en salle blanche qui m'ont expliqué leurs travaux de recherche. Et c’est là que je me suis rendu compte des avantages et inconvénients de mon « formatage scientifique ». D’un côté, je peux facilement comprendre mon interlocuteur, son vocabulaire, ses démarches, ses outils. Un gain de temps pour l’étape de compréhension. Par contre, il a fallu que je revois ma façon de prendre des notes… en dessin ! Adieu les abréviations mathématiques et les explications rédigées sous forme de point et de flèches causes-conséquences, méthode qui m’a été familière pendant plus de 5 ans d'étude scientifique. C’est le grand écart dans mon cerveau, un combat entre l’esprit cartésien et l’esprit créatif. J’essaye de transposer le contenu de l’expérience sous une forme graphique synthétique, tout en m’assurant que ma main réussisse à traduire cet imaginaire dans l’immédiat sans perdre le fil de la discussion.
 

Résultats de l’expérience ?

L’illustration "Neuroneland" a fait débat. Elle a convaincu et été appréciée par certains chercheurs de par son côté « sortir des sentiers battus », mais n’a finalement pas été retenue pour la revue. Pas de déception, ce travail m’a permis de m’entraîner en graphisme sous un format BD. De plus, la collaboration que j'ai menée avec Élise m’a beaucoup apporté dans la démarche de création. Je me suis surtout rendu compte que la place de l’illustration artistique au sein de la recherche scientifique est délicate. Dans une illustration, il y a forcément un parti pris dans le tri des informations et le graphisme adopté, ce qui peut s’avérer transgressif pour la communauté scientifique. En février dernier, j’ai rencontré Julien Bobroff à Paris, physicien vulgarisateur travaillant régulièrement avec des illustrateurs et des designers. Selon lui, l’illustrateur-trice scientifique freelance apporte une plus-value énorme pour la communication de travaux de recherche, mais au premier abord, il peut être difficile de convaincre le chercheur. Par exemple, il peut penser « qu’il n’a ni le budget, ni le temps, ni la nécessité » et ce sont les aprioris auxquels l’illustrateur-trice doit faire face.  Il est clair que l’art et les sciences sont deux disciplines distinctes et surtout deux façons d’appréhender le monde qui nous entoure. Je reste persuadée que les collaborations transdisciplinaires ne peuvent être que nouvelles et originales, même si elles peuvent s’avérer difficiles à mettre en place.

Après ces quelques mois d’entraînement au dessin, il me reste à boucler mon dossier de candidature pour l’école, et à croiser les doigts pour la suite !

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